Rives incertaines - Philippe Caharel
Rives incertaines
Brumes étranges, eaux dormantes, prairies humides, jussie expansive, canetons effrayés, reine des prés, ombres inquiétantes, civelles apeurées, rives secrètes,…. S’il est un paysage qui m’inspire c’est bien celui des marais. Ici plus qu’ailleurs on peut réveiller l’enfance.
Mon marais, l’authentique, le sauvage est situé autour de la ville de Redon, aux confins de trois départements sur un vaste territoire de près de 10.000 hectares.
J’aime sillonner ses chemins herbeux, pousser la balade au cœur de ce territoire mouillé entre terre et eau. J’aime cette sensation d’horizon plat avec seulement quelques clochers qui se découpent au lointain. J’aime ce marais qui vit et change de visage au rythme des saisons.
Au printemps le marais perd ses eaux, ses prairies vertes et nues renaissent, les fleurs s’épanouissent. Petit à petit ses douves s’assèchent en été, rasé de près après la fenaison le marais se teinte rapidement de jaune. A l’automne quand les pluies gonflent la Vilaine le marais reprend sa chemise blanche et mouillée puis il étend sa toile autour de la ville. En hiver il devient beaucoup plus mystérieux, quand il se fâche ses eaux deviennent noires, ses rives disparaissent.
A proximité de la mer de Murin, il paraît que certains soirs ont y entendrait sonner les cloches englouties de St Melaine. Des vapeurs étranges flottent aux abords de cet endroit, méfiez-vous c’est peut-être quelques elfes, fées et autres korrigans facétieux qui peuplent les nuits et l’imaginaire des marais de Bretagne.

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